Discerner ce que le Père attend de moi 2017-03-30T13:37:50+00:00

Chaque père de famille a une mission personnelle à accomplir auprès de sa famille et plus généralement auprès de tous les hommes et femmes mis sur sa route. Cette mission nous pousse à sortir de nous-mêmes pour nous donner aux autres.

L’homme, seule créature que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que dans le don désintéressé de lui-même (Concile Vatican II, constitution Gaudium & Spes n°24, §3)

Cette mission tient compte d’abord des reliefs de ma personne que Dieu a façonnés depuis toute éternité et qui me donnent des aptitudes particulières.

C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. 
Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis : étonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait. 
Mes os n’étaient pas cachés pour toi quand j’étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. 
J’étais encore inachevé, tu me voyais ; sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu’un seul ne soit ! (Psaume 138, 13-16)

La mission s’adapte aux personnes mises sur mon chemin et aux circonstances du moment. Ce n’est pas moi qui choisis le service que j’ai à rendre aux personnes que je rencontre. D’abord parce que je ne choisis pas toujours les personnes avec qui je suis en relation. Ensuite parce je suis appelé à me mettre à leur écoute pour discerner ce que je dois faire, dire ou donner. Il y a une docilité du service.

Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » (Evangile de Saint Jean, 21, 17-18)

La première personne à servir est celle qui me permet sur cette terre de devenir père : ma femme.
Incroyable mystère de la création que celui d’aimer une personne qui partage ma nature humaine tout en étant différant de moi. Pour que l’homme soit fécond et puisse transmettre la vie, Dieu a voulu que le semblable et le différent puissent s’unir.

Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. (Genèse 1, 27-28)

Mais ce mystère est aussi un immense défi. Je chemine sur la terre avec une personne qui n’a pas la même sensibilité que moi, ni toujours les mêmes désirs. Et parler des différences homme-femme avec justesse en ce début de siècle n’est pas chose aisée. J’ai à m’émerveiller de ma vocation particulière d’homme au sein de ma famille qui fait écho à celle de ma femme. En tant qu’homme, je suis capable d’accomplir des exploits et de relever d’incroyables défis. Je suis attiré par l’aventure et le besoin de me dépasser. J’assume aussi un rôle protecteur pour les miens, et en particulier pour ma femme. Dans cette relation à deux, il y a un ajustement réciproque qui est nécessaire pour que l’alliance puisse durer ; en pouvant évoquer mes fragilités qui permettent à l’autre de partager les siennes.

  • Canaliser mon énergie dans des actions fécondes pour mon couple. C’est particulièrement vrai dans le domaine de la sexualité. Je suis appelé à apprivoiser mes instincts de vie pour les ajuster au rythme biologique et affectif de ma femme. Saint Paul me l’enseigne.
    Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin. (Lettre de Saint Paul aux Ephésiens, 5, 25-29)
    Ma femme, comme mon corps, m’envoie des signes : pour m’arrêter en cas de fatigue, pour boire en cas de soif, pour marcher en cas d’engourdissement. Que je sache donc être attentif aux signaux émis par ma femme : le besoin d’être reconnu pour ses exploits du quotidien, le partage plus équitable des charges matérielles ou le souhait d’être écoutée dans un moment à deux. Que je sache là aussi m’arrêter quand le tourbillon de la vie me rend sourd aux appels de ma femme à habiter le présent de notre couple.
  • Tenir bon dans mon couple quand les doutes, les échecs ou la souffrance physique m’assaillent. J’ai alors parfois la tentation de tout lâcher et d’abandonner mon projet, ma famille ou mon travail. Je me mets alors à rêver d’une autre vie, si radicalement nouvelle qu’elle représente l’anéantissement de ce que je suis et la rupture de tout lien avec celle avec qui je suis lié. Le combat dans ces moments difficiles est d’oser le dire et de le partager avec d’autres : un ami de confiance, un prêtre ou sa femme. Je ne suis pas un gorille mais un homme en chemin. J’ai besoin de me ressourcer et de prendre appui sur le Christ et sur les autres pour repartir quand l’énergie de la vie vient à manquer. Alors quand ce danger me guette, que j’abandonne un orgueil mortifère pour demander de l’aide en confiant au Christ ce qui me pèse le plus.
    « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Evangile de Saint Matthieu, 11, 28-30)

Je suis appelé à exercer ma paternité avec mes enfants.
Vous, les enfants, obéissez à vos parents dans le Seigneur, car c’est cela qui est juste : Honore ton père et ta mère, c’est le premier commandement qui soit assorti d’une promesse : ainsi tu seras heureux et tu auras longue vie sur la terre. Et vous, les parents, ne poussez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements inspirés par le Seigneur.
(Lettre de Saint Paul aux Ephésiens, 6, 1-4)

J’ai d’abord à m’émerveiller de ce que sont mes enfants. Des fils et des filles voulus par Dieu qui ne m’appartiennent pas. Ils grandissent d’ailleurs presque tout seuls. C’est par mon regard que je vais les faire grandir ; un regard pétri de l’amour inconditionnel et désintéressé de Dieu. Un regard qui ne désespère jamais du présent et de leurs limites mais qui est capable de faire confiance encore et toujours. Cette confiance fait grandir. Elle confirme à mes enfants qu’ils sont aimés ; par moi-même mais plus encore par un Autre qui m’habite mystérieusement. Je ne suis pas capable de tout expliquer mais j’accepte de me laisser dépasser. Dans ce même élan, je suis aussi prêt avec humilité à accepter les blessures d’une relation imparfaite avec mes enfants, à oser en parler et à les guérir par le pardon reçu ou donné. Je remplis un rôle irremplaçable vis-à-vis de mes enfants. J’ai peut-être de temps à autre la tentation de fuir cette responsabilité en pensant que ma femme l’exercera mieux que moi ou tout simplement une difficulté à consacrer du temps à mes enfants. Mais je peux constater autour de moi combien l’absence d’un père prive les personnes d’un équilibre indispensable. Que je sache donc inscrire mes enfants dans mon agenda !

J’ai enfin à développer ma fécondité humaine auprès de mon environnement professionnel

Rien ne sonnerait plus faux qu’un chrétien « à mi-temps », réservant le don du meilleur de lui-même uniquement hors du travail auprès des personnes qu’il aurait choisies. La grâce d’enfant de Dieu reçue au baptême doit m’amener à être un « homme pour les autres » aussi dans le temps professionnel. C’est même une mission spéciale que l’Eglise assigne au fidèle laïc que je suis.

Les fidèles laïcs, en effet, sont «appelés par Dieu à travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité (…). Dans leur situation au milieu du monde, en effet, Dieu manifeste son dessein et leur communique leur vocation particulière de «chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu».(Exhortation apostolique Christi fideles Laici, Saint-Jean Paul II ; Lumen Gentium §31)

Mais qu’est-ce qu’être chrétien au travail ?

  • D’abord comprendre à quoi je suis appelé. Si Dieu m’a voulu comme je suis de toute éternité, c’est bien pour remplir un rôle que personne d’autre ne peut jouer à ma place. Que je comprenne bien: mes compétences techniques de vendeur, de producteur, d’infirmier ou de professeur peuvent être assez banales. En revanche, ma manière de les exercer auprès des autres est unique. Dans un même poste, une personne sera plus douée pour désamorcer les conflits, une autre pour trouver des solutions créatives ; l’une plus pédagogue, l’autre plus directive. Chacun est appelé à identifier son charisme, c’est-à-dire cette combinaison de talents et d’aptitudes particulières à rendre un service utile à d’autres dans des lieux, des situations ou des organisations qui me permettent de le faire avec de la joie et sans fatigue excessive. Je suis au bon endroit, au bon moment. Ce charisme est d’abord un don reçu avant d’être un don offert.
    Qui donc t’a mis à part ? As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ? (1ère lettre de Saint Paul aux Corinthiens, 4, 7)
  • Ensuite, vivre mon travail comme un service à rendre aux autres. Mon premier devoir est de faire attention aux difficultés éprouvées par les autres qui peuvent être de tous ordre : matériel quand il manque du personnel, des outils ou des compétences ; psychologique quand les personnes ont peur de changer des habitudes qui les rassurent ; personnelle quand des personnes souffrent d’un divorce ou de la maladie d’un enfant. Beaucoup de ces difficultés sont souvent invisibles et pas évidentes à formuler. A moi de créer les conditions de la confiance et de la bienveillance pour qu’elles puissent être partagées. Et pourquoi ne pas demander dans ma prière du matin les intuitions de service à mettre en œuvre auprès des personnes avec qui je travaille ? Pourquoi ne pas offrir à l’Eucharistie mes services rendus pour qu’ils soient bénis par le Christ ?

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. (Lettre de Saint Jacques, 2, 14-17)

  • Enfin, accepter d’accueillir mes fragilités et mes limites comme un cadeau de Dieu pour entrer plus facilement en relation avec les autres en cultivant mon humilité. Pas facile pour l’homme que je suis de les accepter ! Et pourtant, la recherche de la perfection à tout prix me rend triste et me coupe du lien avec Dieu. Que je commence par les identifier dans un acte de relecture de ma journée et puis par oser ensuite essayer de réparer ce que j’ai cassé et demander pardon à Dieu dans le sacrement de réconciliation.

Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Evangile de Saint Luc, 15, 7)