Se recevoir comme des fils2017-03-30T13:12:39+00:00

Avant d’être père, nous sommes d’abord des fils. Fils de nos parents bien sûr mais aussi et avant tout fils de Dieu, Père avant tous les siècles et origine de la vie. Notre orgueil masculin nous incite à penser que nous nous sommes faits tout seul et lutte contre cette évidence de la filiation. Il y a donc là un premier combat humain et spirituel pour accepter de nous recevoir d’un Autre.

” Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père. C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire ”
(Lettre de Saint Paul aux Romains, 8, 15-17)

En tant que fils de Dieu, j’ai été créé à son image, c’est-à-dire conçu pour entrer en relation avec d’autres et les aimer. Non pas à ma mesure humaine mais sans limite et pour toujours. Cette démesure me dépasse et ma raison peine à l’accepter. Mon deuxième combat consiste donc à me mettre à l’écoute de Dieu qui m’a engendré pour constamment puiser à la source de l’Amour et accepter d’en dépendre.

Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé. (Deutéronome, 6, 4-7)

Pour écouter Dieu, j’ai besoin d’arrêter l’action. Je veux continuellement agir en pensant que cela correspond à ma nature d’homme en contrôle de ma vie ou peut-être aussi parce que le silence me fait un peu peur. Mais le Christ me demande de faire des pauses. Pour éviter de perdre l’objectif de l’action, c’est-à-dire le service de mes frères mais aussi pour ressentir mes manques et mes pauvretés. Comme pour les premiers Apôtres de retour de leur première mission, Jésus m’appelle donc à m’arrêter, même quand il me reste beaucoup à faire.

Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. (Evangile de Saint Marc 6, 30-31)

Je peux donc couper le téléphone portable ; cesser quelques instants de conduire, de fabriquer, de cultiver, de vendre, d’écrire, de parler et prendre un temps de silence pour me mettre en présence du Dieu, Père, Fils et Esprit par un simple signe de croix. Dans ce silence, je vais pouvoir écouter la voix de ma conscience dans laquelle Dieu me parle « dans le murmure d’une brise légère » (1er Livre des Rois, 19, 12). Je peux alors confier ce qui me trouble ou me rend triste ; Remercier de ce qui me réjouit. Par-dessus-tout, dans un acte de foi, reconnaitre que je parle à quelqu’un à qui je veux m’adresser comme à un ami.

Pas facile de tenir l’engagement de la prière dans la durée. Je me décourage parfois de prier car je ne ressens rien sur le moment même. La transformation du cœur et des pensées ne s’opère pas en quelques minutes. Mais je peux prêter attention à toutes les petites métamorphoses liées à ces quelques minutes de prière, souvent perçues après coup : des fardeaux moins lourds à porter, des pardons prêts à être donnés, des intuitions de services pour les autres. Je peux oser croire dans la foi qu’elles sont un signe de la bonté de Dieu pour moi. A l’image de Saint Augustin, il n’a y donc qu’à descendre au plus profond de moi-même.

Je t’ai aimée bien tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je t’ai aimée bien tard. Mais quoi ! Tu étais au-dedans, et moi j’étais au-dehors de moi-même, et c’est au-dehors que je te cherchais, et je poursuivais de ma laideur la beauté de tes créatures. Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi. (Saint Augustin, Confession X, 27-29)