Le Christ ne me laisse pas seul sur mon chemin2017-03-27T21:36:05+00:00

Alors par où commencer ? Dans mon âme masculine, je sens bien que je dispose d’une énergie vitale qui fait ma fierté. Qui n’a pas ressenti d’émotion en pensant à l’héroïsme des soldats morts au combat, à ces navigateurs intrépides partis à la découverte du monde, à ces vies de saint missionnaires donnant leur vie à l’autre bout de la terre pour transmettre la Bonne Nouvelle ? Je vibre intérieurement. Mais la réalité est que je finis souvent par manger des cacahuètes avec un verre de bière en face de la télévision, peut-être vaguement déçu ou frustré d’une vie sans relief. Que j’admette avec humilité que si je veux avancer, j’ai besoin de me brancher sur celui qui est venu partager mon humanité : l’Homme-Dieu, frère en humanité et fils en divinité.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.
(Evangile de Saint Jean, 15, 5-7)

Derrière l’enjeu d’être arrimé au Christ, il y a le combat entre la vie et la mort ; d’une vie donnée ou d’une vie repliée sur moi-même et mes peurs. Et ce combat traverse toutes mes relations :

  • Combat dans ma relation à Dieu : orgueil à refuser d’accepter d’être fils, d’avoir été voulu tel que je suis, d’écouter la mission particulière que le Père m’assigne.
  • Combat dans ma relation à moi-même : découragement devant mes faiblesses que je pense incorrigibles et qui me paralysent ; ou au contraire vanité à penser que ma réussite n’est que le pur produit de ma volonté.
  • Combat dans ma relation à mon propre corps et à celui de ma femme : séduction de la pornographie et de la masturbation qui refuse le plaisir partagé du corps et du cœur dans la liberté avec ma femme
  • Combat dans ma relation à mes enfants : déception de ce que je voudrais qu’ils soient, souvent moi-même sans mes défauts, c’est-à-dire des êtres irréels.
  • Combat dans mes relations à mes collègues de travail : passivité à penser que ce temps du travail est une parenthèse technique ; manipulation des autres en considérant que je détiens seul la vérité de ce qu’il y a à faire ; endurcissement du cœur à ne pas être attentif aux souffrances qui s’y vivent.

Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Ce que je te commande aujourd’hui, c’est d’aimer le Seigneur ton Dieu, de marcher dans ses chemins, de garder ses commandements, ses décrets et ses ordonnances. Alors, tu vivras et te multiplieras (Deutéronome, 30, 15-16).

Que je pose le choix de la vie et que j’essaye de « demeurer en Jésus », mon modèle. Pour m’aider, le Christ me donne le mode d’emploi : la prière, la messe, la réconciliation.

Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. » Il passait ses journées dans le Temple à enseigner ; mais ses nuits, il sortait les passer en plein air, à l’endroit appelé mont des Oliviers. (Evangile de Saint Luc, 21, 36-37)

Comme le brossage de dents, je peux poser des automatismes pour prier : un lever dix minutes plus tôt, la lecture du texte du jour via un abonnement par internet (www.levangileauquotidien.org), l’arrêt dans une église sur notre trajet ou un signe de croix devant un calvaire. Je peux ouvrir ma prière par une phrase qui me fait du bien comme les moines savent si bien le faire : « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange ». La suite est affaire de personne suivant l’humeur du moment. Je peux confier ce qui me pèse, demander ce qui me ferait du bien à moi-même et m’ouvrirait aux autres, dire merci de ce qui m’arrive. Le plus important est de rester visser à ce moment de prière quotidien puis de relire mes journées en y cherchant des signes de « petits miracles » qui s’y opèrent : entretiens moins éprouvants que prévu, conversation inattendu avec une personne dont je n’attends plus rien,…

Sans foi, l’élévation d’un bout de pain au-dessus d’une table en pierre dans une église, fût-elle belle, a quelque chose de dérisoire. Mais même avec la foi, il y a encore quelque chose qui résiste en moi. Le pain ne change pas d’apparence. Plus encore, je balaye intérieurement d’un revers de main le besoin de me nourrir physiquement. Je doute que manger une rondelle de pain d’un millimètre d’épaisseur puisse changer ma vie. Je pense timidement que l’Eglise a sur-interprété les premiers récits des apôtres et qu’il s’agissait en fait d’un acte symbolique pour faire mémoire d’une scène du passé. Mais le Christ vient balayer mes fausses vérités.

Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. (Evangile de Saint Jean, 6, 53-57).

Ce qui se joue à la messe dans l’Eucharistie est l’essentiel de la vie du chrétien. Nous offrons le pain, c’est-à-dire le fruit de notre travail, ce que nous sommes et ce que nous produisons. Et le Christ vient nous saisir, nous prendre dans ses bras pour nous agréger à lui. Messe après messe, communion après communion, je suis transformé de l’intérieur pour me laisser habiter par Lui et devenir ce qu’Il est : un être donné, un être rayonnant d’amour, un être qui met de l’amour dans ce monde désenchanté et qui en a tant besoin. Dans cette incroyable métamorphose, le Christ me donne de ressentir profondément ce que j’espère : la fin de la souffrance, la joie sans limite, l’amour sans blessure, la vie sans la mort. Alors que j’ose l’assiduité à la messe, la présence à ce que le Christ me donne dans cette hostie : lui-même pour repartir avec un cœur neuf.

Avec la confession, j’attaque le nœud de ma résistance : le besoin d’être pardonné pour repartir de l’avant. Je me trouve plein d’excuses pour éviter l’exercice. Imaginer que le temps fera bien son œuvre pour effacer les blessures infligées aux autres, à moi-même et à Dieu ; éventuellement les minimiser ; Penser que la confession ne produit aucun fruit, sinon de m’humilier dans une démarche d’un autre temps ; Se décourager en considérant que je retombe toujours dans les mêmes ornières ; Se sentir jugé par ce prêtre que je connais et lui dévoiler les addictions qui font ma honte mais qui sont souvent invisibles aux yeux des autres, y compris ma femme. Laisse-moi faire dit le Christ.

Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,  car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.
(Evangile de
Saint Luc, 15, 20-24)
Dieu, notre Père, veut mon bonheur. Il se tient toujours prêt à me pardonner. Parce que le pardon est le sommet de l’amour. Le pardon de Dieu me rétablit dans sa joie ; une joie que le mal a progressivement déraciné de mon cœur. Que je ne cherche pas ailleurs les racines de la tristesse. Je me suis laissé progressivement enfermé en moi-même et je n’arrive pas à en sortir. Alors que je courre à la confession pour retrouver de la joie, de l’estime de moi, du courage pour réparer ce qui a été blessé et de l’énergie pour vaincre mes résistances à agir. Et que je pense dans la foi, que l’homme assis avec son aube à qui je parle n’est plus un homme à cet instant-là mais le Christ lui-même. Et caché dans ce prêtre comme aux pèlerins d’Emmaüs, le Christ est là pour me donner son pardon mais aussi me redonner sa joie.

Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » (Evangile selon Saint Jean, 8, 10-11)